3 mai 2010

Tergiversations au Bangladesh

Le gouvernement du Bangladesh poursuit quatre de chantiers de démolition de navires pour “pollution excessive” et exploitation sans autorisations.

Chittagong vu du ciel

Chittagong vu du ciel, novembre 2008. Image Google Maps.

En janvier dernier, le Bangladesh avait durci ses textes encadrant la démolition de navire, une décision qui avait lourdement pénalisé l’industrie de l’acier de récupération, très importante pour le pays. La nouvelle loi exigeait un certificat du pays d’origine du navire démontrant que le navire était exempt de matières toxiques, comme l’amiante, le mercure ou encore des substances radioactives.

Aucun chantier de démolition ne réussissant à obtenir ces certificats, des centaines d’ouvriers furent mis au chômage, notamment dans les ateliers de sidérurgie.

Début avril, le gouvernement bangladeshi était revenu sur cette réglementation au grand soulagement de son industrie de récupération, et entraînant la colère des organisations environnementalistes.

Fin avril, on apprenait que des poursuites étaient engagées contre quatre chantiers, ce qui demeure une initiative de modeste envergure puisque le Bangladesh compte plus de cent chantiers. Les entreprises risquent des amendes de un million de takas (environ 14 500 dollars américains) et leurs responsables des peines de prison de 10 ans.

L’année dernière, on dénombrait officiellement 26 morts dans des accidents sur les chantiers, ce qui ne prend pas en compte la mortalité par intoxication.

Le Bangladesh accueille de 25 à 30 % du tonnage mondial amené à la démolition, derrière l’Inde qui en a 40 %.

L’association Robin des Bois relève que l’industrie est actuellement florissante avec des prix de l’acier gonflés par la demande chinoise : le chimiquier norvégien Spirit a été vendu à plus de 780 dollars la tonne, du jamais vu depuis des années.

L’association dénonce également l’hypocrisie des pays européens.

Entre le 1er janvier et le 4 avril 2010, 233 navires sont partis pour la démolition. Le rythme reste élevé avec 18 navires par semaine. […] La démolition cumulée permettra le recyclage de près de 2 millions de tonnes de métaux.

Les tarifs offerts par les chantiers de démolition sont en hausse sensible et continue, dans les chantiers du sous-continent indien mais aussi en Chine ; ils atteignent les 400 $, voire 500 $ pour les pétroliers et davantage pour les navires contenant de l’inox. Le record du trimestre est obtenu par le chimiquier norvégien Spirit acheté 780 $ la tonne par un chantier indien, un prix rarement atteint même en 2008.

[…] l’Union Européenne tarde à mettre dans la réalité ses bonnes résolutions virtuelles et compassionnelles sur le démantèlement des navires. En dépit des propositions et consultations de la direction Environnement de la Commission Européenne, les avancées réglementaires sont gelées. Les armateurs sont opposés à la création d’un fonds alimenté par les navires entrant dans les ports européens, à l’établissement d’une liste des navires prêts pour la démolition, et plus généralement à toute contrainte potentielle sur les activités de transport maritime.

[…] Le symbole de l’aveuglement volontaire de l’Union Européenne est le ferry Onyx, parti de Vaasa (Finlande), immobilisé à Brest (France), réfugié à Lisbonne (Portugal), touriste en Méditerranée à Malte et Chypre qui, après avoir franchi le canal de Suez, vogue actuellement dans l’Océan Indien. Il est attendu incessamment par les chantiers de démolition où son propriétaire indien a envoyé le reste de sa flotte.

Les pays membres de l’UE font semblant de croire à la poursuite d’exploitation de navires hors d’âge et d’usage et les laissent partir à la démolition en Asie. Rares sont les armateurs européens qui assument leurs responsabilités en ce qui concerne la démolition de leurs vieux navires.

Bulletin de l’association Robin des Bois “À la casse”, n°19 (PDF).

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