2 mars 2010

La fin du Flying Cloud

Selon l’association Robin des bois, la coque du Flying Cloud, ex-Tuxtla, ex-Oiseau des îles (1935), aurait été envoyée à la ferraille. C’est très probablement le cas.

Oiseau des Îles

L’Oiseau des Îles.

Dans le “Bulletin d’information et d’analyses sur la démolition des navires” n°18, publié le 21 janvier 2010, on peut lire :

Flying Cloud (ex-Tuxtla, ex-Oiseau des Iles). OMI 5409665. Navire de croisière. Longueur 63 m. Pavillon Grenade. Société de classification inconnue. Le dernier trois mâts construit en 1935 à Nantes-Chantenay (France) par Dubigeon, le chantier du Belem, et équipé d’un moteur auxiliaire. Il navigue dans le Pacifique sud jusqu’à la fin des années cinquante ; la Compagnie Française des Phosphates de l’Océanie l’utilise pour amener des vivres et de la main d ‘œuvre dans ses mines. En 1941 l’Oiseau des Iles est réquisitionné par les Forces Navales Libres de Tahiti puis restitué à ses armateurs en 1947. En 1957, il part pour la côte ouest du Mexique. La carrière mexicaine de l’Oiseau des Iles, rebaptisé Tuxtla est floue mais son état se dégrade. En 1968, il est racheté par la Windjammer Barefoot Cruises de Miami qui l’exploitera comme navire de croisière de luxe dans les Caraïbes. Après restauration, il peut transporter 66 passagers et 28 membres d’équipage. Vendu en l’état à Trinidad. Destination de démolition inconnue.

L’Oiseau des îles (1935) est le dernier voilier de commerce produit par les chantiers Dubigeon à Nantes, là où fut construit le Belem (1896).

Cette goélette d’acier à trois-mâts a été livrée le 20 juillet 1935 à la Compagnie française des phosphates de l’Océanie (CFPO) qui exploite un gisement sur l’île de Makatea.

Longue de 48,98 mètres, large de 8,56 mètres, calant 2,99 mètres, déplaçant 660 tonnes, la goélette porte 458 mètres carrés de toile et possède un moteur de 375 chevaux (Sulzer 5 cylindres).

Elle arrive à son port d’attache Papeete (via Panamá), le 25 janvier 1936, où elle opérera l’approvisionnement hebdomadaire en vivres, matériaux et hommes de Makatea, et ce, jusqu’au 15 octobre 1941, date de sa réquisition par les Forces navales françaises libres de Tahiti.

Équipée d’un armement léger (deux mitrailleuses), elle est affectée à des missions de représentation des autorités de la France libre dans les îles du Pacifique et fait plusieurs fois le trajet entre Papeete et Bora-Bora où les États-Unis ont installé une importante base militaire. Elle est remise à la vie civile en octobre 1942 avec mission de participer au ravitaillement de l’archipel. Elle se rend ainsi plusieurs fois aux Fidji pour ramener du sucre, la sucrerie d’Atimaono étant inopérante.

L’Oiseau des îles n’est restitué à la CFPO qu’en 1947.

Le 25 mai 1947, ramenant des travailleurs de Rarotonga, la goélette talonne sur les récifs de Mopelia, suite à une erreur d’estime. Une vingtaine de trous, laissés par des rivets qui ont sauté, auraient été colmatés avec des bouchons de champagne, réparation de fortune qui permet de regagner Tahiti.

En 1957, la goélette est remplacée par un petit cargo, L’Oiseau des îles II, et est vendue à un homme d’affaires mexicain, Jose-Antonio Couttolenc. Elle quitte Tahiti pour Acapulco le 26 décembre et arrive le 19 janvier 1958. Elle est rebaptisée Tuxtla en 1961 (propriétaire enregistré “SM Mexicanos”).

On sait peu de choses de sa carrière mexicaine. Le Tuxtla est racheté en 1968 par la Windjammer Barefoot Cruises de Miami, sans gréement, en mauvais état. On dit qu’il manque la plaque de chantier, ce qui permettra à certains d’émettre bien plus tard des doutes sur l’origine de cette coque.

La cloche du bord, elle, ne doute pas de ses origines :

La cloche du Flying Cloud

La cloche du Flying Cloud. Novembre 1991. Photo Bill Graf.

Restaurée en yacht de croisière à Miami, la goélette est regréée en trois-mâts goélette et peut accueillir 66 passagers avec un équipage de 28 personnes.

Elle navigue de 1970 à 2002 dans les îles Vierges britanniques sous pavillon de la Guinée équatoriale, laissant des souvenirs impérissables à ses passagers “pieds nus”.

Après plus de vingt ans d’exploitation intensive sans grands investissements et un entretien courant de plus en plus sommaire, en 2002, les autorités maritimes jugent que le Flying Cloud ne répond plus aux normes de sécurité pour le transport de passagers.

Malheureusement, la compagnie n’a plus les moyens ni le désir d’investir dans d’importants travaux. Le trois-mâts reste immobilisé dans un chantier de Port-d’Espagne, Trinidad, et se dégrade peu à peu.

Une autre unité de la compagnie, le Amazing Grace (1955), sera arrêtée en 2005 pour vétusté. Il semble que l’entretien de toute la flotte Windjammer Barefoot Cruises laissait à désirer à partir des années 90, les enfants du capitaine Burke étant plus attirés par la rentabilité immédiate que par l’investissement à long terme.

En 2004, des passionnés français lancent une campagne pour le rachat et la restauration de l’Oiseau des îles qui n’aboutira pas, faute de mobilisation, puis, par crainte infondée que ce ne soit pas vraiment l’Oiseau des îles.

Le gréement est enlevé et stocké à une date inconnue.

En 2007, la compagnie Windjammer Barefoot Cruises est exsangue. Ne trouvant plus d’acheteurs, et ne souhaitant toutefois pas le livrer aux ferrailleurs, elle promet le Flying Cloud à la British Virgin Islands Scuba organization pour un dollar symbolique. Il s’agit de le faire remorquer aux îles Vierges, et de le couler afin d’en faire un récif artificiel, ce qui serait une fin plus digne qu’au fond d’un port ou d’une vasière. Mais les papiers de cession ne seront pas faits à temps.

En faillite, la compagnie cesse définitivement ses opérations en décembre 2007, et est dissoute début 2008 dans des circonstances obscures sur fond de querelles familiales.

La British Virgin Islands Scuba organization poursuit en 2008 son projet de rapatrier le voilier aux îles Vierges pour l’océaniser. Elle obtient des soutiens et les autorisations officielles.

Premier problème, la liquidation de la compagnie a entraîné la vente rapide du voilier au plus offrant, un ferrailleur de Trinidad en l’occurrence. L’association doit donc négocier le rachat au prix de l’acier, ce qu’elle obtient via un avocat de Trinidad.

Pendant ce temps, le Flying Cloud, laissé sans surveillance, est pillé et vandalisé.

Deuxième problème en août 2008, le Flying Cloud prend lentement l’eau par l’avant et commence à sombrer. Les autorités portuaires souhaitent son départ, mais les efforts du ferrailleur pour remettre à flot la coque partiellement noyée sont vains. Il faudrait d’importants moyens de levage que la British Virgin Islands Scuba organization n’a pas les moyens de payer.

En juin 2009, effrayée par les coûts supplémentaires, la British Virgin Islands Scuba organization abandonne définitivement son projet. L’épave est laissée au ferrailleur…

Selon l’association Robin des bois, la coque aurait été démantelée courant 2009.

J’ai cherché dans les listes publiées par le Cotzias Shipping Group et j’ai trouvé dans son Sale and Purchase monthly report (pdf) de septembre 2009, au tableau des ventes pour démolition, les données suivantes :

  • NAME: FLYING CLOUD
  • TYPE: PAX
  • YEAR: 1935
  • BUILT: DUBIGEON NANTES
  • DWT: 400
  • LDT: 2,345
  • PRICE: -
  • BREAKER: AS IS
  • NOTES: PASSENGER/CRUISE - SOLD AS IS TRINIDAD
  • IMO: 5409665

[Sale and Purchase Monthly Report, 2009-09.]

Adieu Flying Cloud.

Le Flying Cloud dans les années 1990

Flying Cloud, 1995

Circa 1995.

Croisière sur le Flying Cloud

Croisière Windjammer Barefoot sur le Flying Cloud. 1997.

Croisière sur le Flying Cloud

Croisière Windjammer Barefoot sur le Flying Cloud. 1997.

Croisière sur le Flying Cloud

Croisière Windjammer Barefoot sur le Flying Cloud. 1997.

Flying Cloud.

Sur le Flying Cloud.

Flying Cloud

Sur le Flying Cloud.

Le Flying Cloud dans les années 2000

Le Flying Cloud à Trinidad

Le Flying Cloud à Trinidad. Décembre 2003. Photos Bernard Bouygues.

Le Flying Cloud à Trinidad

Le Flying Cloud à Trinidad. Été 2008. Photo British Virgin Islands Scuba organization.

Le Flying Cloud à Trinidad

Le Flying Cloud à Trinidad. Été 2008. Photo British Virgin Islands Scuba organization.

Le Flying Cloud à Trinidad

Le Flying Cloud à Trinidad. Été 2008. Photo British Virgin Islands Scuba organization.

Le Flying Cloud à Trinidad

Le Flying Cloud à Trinidad. Été 2008. Photo British Virgin Islands Scuba organization.

Sources et liens

| 6 commentaires

6 commentaires

C'est triste. Encore un membre de cette espèce en voie de disparition qui n'arpentera plus nos océans. Et je trouve ça d'autant plus malheureux que je connais le bonheur de sortir en mer — certes le temps d'une journée — sur un navire comme celui-ci. Magie des grandes voiles…

PS : C'était sur le Trois-mâts Statsraad Lehmkuhl dont le port d'attache est Bergen en Norvège.

♫Ne m'appelez plus jamais Oiseau des Îles…♪

Rhaaaa qu'il est bon ce blogue.
Le Carnet maritime sera-t-il présent sur les grands lacs pour le Tall Ship Festival cet été ?

C'est le billet à compliments ? C'est vrai qu'il est bon ce blogue. On y goute de nouveau l'écriture du Capitaine, ce qui se fait plus rare ailleurs...

Ajoutez une information ou un commentaire

« Achetez le Prince William | Index thématique »