23 mars 2010

Un ro-ro “poubelle” bloqué à Brest

Le Pentalina-B (ex. Iona, IMO 7009653), roulier écossais lancé en 1970, est provisoirement bloqué à Brest, son état étant jugé préoccupant. Récemment vendu, il est destiné à être exploité entre le Sénégal et le Cap-Vert.

Pentalina-B

Le Pentalina-B en remorque, lors de son arrivée à Brest, le 13 janvier 2010. (Crédit photo inconnu).

Le Iona est un petit ro-pax (74,33 m, 1908 GT) construit en 1969 à Troon pour la Caledonian MacBrayne, compagnie publique écossaise qui effectue le transport de passagers et de véhicules pour vingt-deux îles de la côte ouest de l’Écosse.

Le Iona a été ensuite racheté en 1997 par la Pentland Ferries pour desservir l’archipel des Orcades au nord de l’Écosse. Il est rebaptisé Pentalina-B.

Le ro-ro est aussi affrété hors-saison touristique pour le transport de bétail et autres cargaisons (notamment entre Douvres et Dunkerque).

Considéré comme trop vieux par la compagnie Pentland Ferries, il est vendu l’année dernière à une société cap-verdienne (Cabo Verde Maritima Inc. Achada Santo Antonio, Praia, Santiago, Cape Verde) pour être exploité entre le Cap-Vert et le Sénégal par un armateur portugais.

Le 9 janvier 2010, il quitte St Margaret’s Hope dans les Orcades avec un équipage portugais et se dirige vers la mer d’Irlande. La société de classification Lloyd’s Register l’a autorisé à faire le voyage en l’état, mais “par beau temps”, jusqu’à Mindelo au Cap-Vert.

Le 12 janvier 2010, à une cinquantaine de milles au large d’Ouessant, une voie d’eau se déclare dans la salle des machines et prive le navire de propulsion.

Le Pentalina-B demande assistance au centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage de Corsen qui dépêche le remorqueur de haute mer Abeille Bourbon. Celui-ci arrive sur zone dans la soirée et prend le roulier en remorque à minuit en direction de Brest.

Le 13 janvier, l’association écologiste Robin des Bois s’empare du cas et dénonce une nouvelle fois “ces engins en fin de vie, bourrés d’amiante, polluants, cabossés” qui devraient être démolis en Europe plutôt qu’exportés à bon compte dans le tiers-monde, où ils sont souvent exploités à l’extrême limite de leur capacité au péril de leurs équipages et passagers, quand ils ne sont pas démolis dans des conditions dangereuses pour les hommes et l’environnement. Elle demande que le roulier soit renvoyé en Écosse.

Le préfet maritime de Brest, Anne-François de Bourdoncle de Saint-Salvy, explique qu’il n’aura aucune raison de retenir le Pentalina-B si les travaux demandés par le centre de sécurité des navires sont bien effectués.

La société de classification Lloyd’s Register a envoyé un inspecteur à Brest. Celui-ci a exigé une liste de travaux nécessaires qualifiée d’impressionnante, le double de ce que les autorités françaises (Centre de sécurité des navires du Ministère de l’Équipement) avaient demandé, ce qui n’est pas courant.

Le Lloyd’s Register avait pourtant autorisé le voyage, et il est peu probable que l’état général du navire se soit subitement détérioré entre le départ des Orcades et l’inspection brestoise.

Les inspecteurs du CSN ont observé que le nouvel équipage en poste (onze marins cap-verdiens) ne disposait pas des compétences nécessaires, n’ayant pas été en mesure de démarrer à la demande le moteur principal, le groupe auxiliaire ou encore les pompes, et n’ayant pas non plus connaissance de l’usage des apparaux de sécurité.

Face aux lourdes exigences de réparations du Lloyd’s Register, l’armateur portugais a décidé de changer de société de classification au profit de l’International Shipping Bureau en Grèce.

L’inspecteur arrivé de Grèce a passé une demi-journée à bord et aurait délivré tous les titres de navigation nécessaires au navire et à son équipage.

Selon l’agent local français, l’armateur aurait envoyé un marin britannique pour parfaire l’instruction des marins cap-verdiens.

L’armateur a refusé un devis d’intervention de 58 000 euros présenté par société brestoise de réparations navales Sobrena. Il compte assurer les réparations par ses propres moyens, en vue d’obtenir rapidement le feu vert du Centre de sécurité des navires.

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Le Pentalina-B à quai, Brest, mars 2010. Photo Erwan Guegueniat.

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