28 mars 2010

Thon rouge à Doha, un échec qui était annoncé

Suite à des erreurs stratégiques de la part des organisations environnementalistes et de l’Union européenne, le thon rouge a échappé à toute protection lors de la 15e conférence de la CITES à Doha.

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Thons rouges en mer Adriatique. Photo Tom Puchner.

L’association Robin des bois avait pourtant prévenu dès le début de l’année, il était illusoire de demander l’inscription du thon rouge de l’Atlantique (Thunnus thynnus) à l’Annexe 1 de la convention, qui concerne les espèces menacées d’extinction, interdisant tout commerce international : “Tout le monde s’est engouffré dans cette voie qui pourrait être sans issue. L’inscription du thon rouge à l’annexe 1 a peu de chance d’être acceptée à la prochaine session plénière de la CITES à Doha au Qatar en mars prochain”.

L’annexe 2, quant à elle, encadre strictement le commerce international, renforce les contrôles douaniers, permet à des parties civiles de porter plainte en cas d’infraction constatée et de mettre progressivement hors jeu les échanges internationaux constitués de captures illicites qui représentent plus de la moitié du commerce international. Elle aurait quelques chances d’être acceptée et serait applicable sans condition dans un délai de 90 jours. Ce serait une avancée significative ; les négociants en thon seraient pris dans le double filet des deux accords internationaux complémentaires : le premier, la CICTA portant sur la gestion des stocks, le deuxième, la CITES portant sur le commerce international. L’inscription à l’annexe 2 du thon rouge n’exclut pas dans un deuxième temps de l’inscrire à l’annexe 1 à la session plénière suivante de la CITES.

Robin des Bois est favorable à l’option annexe 2. D’expérience, l’ONG considère que sur un marché aussi important que celui du thon rouge et dans un domaine aussi complexe que celui de la pêche, seules des avancées pas à pas sont productives à la différence des présentations dramaturgiques sur des prétendues réunions de la dernière chance. Il est demandé au gouvernement français et à l’Union européenne de prendre des décisions réalistes et efficaces.

Le 3 février, l’association revient à la charge :

Le risque prévisible est maintenant avéré. Robin des Bois apprend que, en conformité avec les règlements intérieurs de la CITES, le Japon a l’intention d’émettre une réserve à une éventuelle décision d’inscrire le thon rouge à l’annexe 1 interdisant le commerce international. Il suffira que quelques pays pêcheurs, la Libye par exemple, fassent de même pour que cette inscription soit définitivement un coup d’épée dans l’eau de la Méditerranée.

Robin des Bois préconise donc l’inscription à l’annexe 2 qui a beaucoup plus de chances d’être acceptée sans réserve par les États membres, et qui permettrait en complémentarité avec la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés dans l’Atlantique et les mers adjacentes (CICTA) d’assainir le marché en le débarrassant des pêches illégales.

Et c’est exactement ce qui s’est produit, les demandes jugées déraisonnables ont été rejetées et ont eu le don d’agacer la plupart des participants. Résultat, le thon rouge ne rentrera pas dans aucune annexe de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. C’est avant tout un échec de la part des organisations environnementalistes et de l’Union européenne

Sauf rares exceptions, toutes les espèces inscrites à l’annexe 1 ont d’abord transité par l’annexe 2. Il n’y a pas d’urgence absolue à accorder un traitement de faveur au thon rouge. De plus, une interdiction totale du commerce international du thon rouge de l’Atlantique pourrait avoir des effets pervers sur d’autres thonidés, la pêche se reportant sur le thon albacore (Thunnus albacares), le thon obèse (Thunnus obesus), ou les stocks de thon rouge du Sud (Thunnus maccoyii).

Contrairement à ce qu’indique Greenpeace, l’espèce n’est pas menacée d’extinction imminente et l’inscription en annexe 1 ne reposait sur aucun consensus scientifique. Certes, le stock de thon rouge de l’Atlantique est très affaibli et mérite des mesures de limitation et de contrôle très contraignantes, mais il ne risque pas de disparition à court terme.

Dans le journal Le Marin du 26 mars 2010, Didier Gascuel, professeur à Agrocampus à Rennes, et président de l’Association française d’halieumétrie (AFH) écrit :

Face à l’inertie des décideurs politiques, on peut comprendre que des ONG écologistes aient tenté de recourir à l’arme absolue de l’interdiction du commerce international et donc de la pêche elle-même. Dans le même temps, cette demande comportait un risque réel de décrédibilisation des outils mis en place par la communauté internationale pour préserver les espèces en danger réel de disparition.

Le thon rouge de l’Atlantique n’est pas le tigre du Bengale et nos travaux montrent qu’il est possible, à moyen terme, de concilier des objectifs de durabilité écologique et d’exploitation économiquement viable de cette ressource.

Des intervenants ont souligné lors des débats que l’Union européenne n’était pas bien placée pour donner des leçons de protection du thon tant elle avait par le passé tergiversé et reculé au sein de la CICTA (Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique). Différents pays sont intervenus en session pleinière contre la proposition : Canada, Indonésie, Tunisie, Émirats Arabes Unis, Venezuela, Chili, Japon, Grenade, Corée, Sénégal, Turquie, Maroc, Namibie, Lybie.

Rappelons que la pêche au thon rouge de l’Atlantique est encadrée la CICTA, qui a endurci les restrictions pour 2010 en autorisant que 17 thoniers senneurs français en Méditerranée contre 28 en 2009. La campagne de pêche ne dure qu’un mois, du 15 mai au 15 juin, le quota global est passé de 3 017 tonnes à 1 699.

L’association Sea Shepherd Conservation Society a confirmé le 24 mars que son navire Steve Irwin avait quitté l’Australie pour se rendre en Méditerranée où il compte entraver les opérations de pêche des senneurs.

La prochaine réunion des parties de la CITES aura lieu en Thaïlande en 2013.

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