6 avril 2010

Quatre-mâts carré County of Roxburgh (1886)

Quatre-mâts carré County of Roxburgh

Quatre-mâts carré County of Roxburgh.
Date inconnue [1901-1902 ?].
Négatif sur verre, 25 x 20 cm.
Detroit Publishing Company.
Library of Congress.
Restauration © Carnet-Maritime.com.

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C’est toujours une vive émotion de découvrir une superbe photographie oubliée de grand voilier parce que mal référencée dans un catalogue de bibliothèque. C’est donc sous le pauvre titre de “Ship”, avec cependant en note “Title devised by cataloger. Title on negative indecipherable; may be Countess of Roxburgh”, que se trouve l’une des rares photos du quatre-mâts carré County of Roxburgh qui a terminé sa carrière en 1906, échoué sur l’atoll polynésien de Takaroa dans l’archipel des Tuamotu.

Le County of Roxburgh a été lancé en juin 1886 à Glasgow (Écosse) aux chantiers Barclay, Curle & Co.

Coque en acier. Longueur : 87 m (285,6 pieds). Maitre-bau : 13,10 m (43,5 pieds). Creux : 7,30 m (24 pieds). Gross Register Tonnage : 2 209. Net Register Tonnage : 2 121.

Gréement de quatre-mâts carré.

Commandé par R. & J. Craig. Affecté au commerce du jute avec l’Inde (Colombo, Calcutta). Capacité : 16 880 balles de jute.

Par la suite, le voilier écossais transporte du pétrole (Philadelphie), du charbon (Cardiff-Capetown), du blé (Pacifique).

Le 18 décembre 1905, sous le commandement du capitaine James Charles Leslie, le County of Roxburgh quitte Caldera (Chili) sur lest pour Melbourne (Australie), avec un équipage de 26 hommes. Le lest est constitué de 1 000 tonnes de sable.

Le voilier fait cap au Nord-Ouest pour récupérer les alizés de Sud-Est, mais les calmes lui font mettre une cinquantaine de jours à atteindre les Marquises.

Le 5 février 1906 à midi, le County of Roxburgh est à 230 milles au Sud-Ouest de Nuku Hiva (11° 51’ S - 142° 50’ W). Dans la journée, le soleil disparaît derrière la grisaille et le baromètre commence à s’effondrer.

Dans la nuit du 5 au 6 février, le vent fraîchit et tourne de SE à NE, l’horizon s’illumine d’éclairs.

Le 6 février à midi, un vent du Nord souffle en tempête, la mer devient grosse. La voilure est réduite aux huniers fixes et volants et l’on tente de maintenir le cap à l’Ouest.

Le 7 février, les vents forcissent encore et sont proches de l’ouragan. C’est en fait un énorme cyclone en provenance du Nord-Ouest qui passe entre Tahiti et les Tuamotu, en direction des Gambier. De forts coups de roulis laissent craindre le ripage du lest.

Le 8 février, le navire fait route à l’Ouest, tribord amures sous grand hunier fixe arrière et perroquet de fougue fixe, les huniers fixes de l’avant ayant été emportés, déchirés par l’ouragan. Le vent tourne soudainement NO, obligeant le navire à faire route au SO. La perspective de se rapprocher dangereusement des îles de l’archipel des îles de la Société inquiète. Le capitaine ordonne un virement de bord : tout le monde à brasser. Mais, sans l’appui des huniers manquants à l’avant et son lest étant un peu léger, le navire n’a pas assez d’abatée et manque à virer. Une seconde tentative une heure plus tard se solde également par un échec.

Dans des conditions extrêmement périlleuses, la mer balayant régulièrement le pont, l’équipage parvient à sortir un petit hunier fixe en toile double zéro de la voilerie. Il lui faudra 3 heures pour l’enverguer au mât de misaine. Et encore 3 heures pour enverguer un nouveau grand hunier fixe avant.

En fin de journée, on établit le petic foc et la misaine, une troisième tentative de virer de bord est lancée, mais le quatre-mâts County of Roxburgh, la proue vers le SSE, refuse de passer le lit du vent et de changer d’amures. Le commandant ordonne en dernier ressort d’établir le petit hunier volant. Un gabier allemand, envoyé dans le mât de misaine pour libérer le petit hunier, aperçoit alors horrifié ce que tout le monde craignait : “Récifs devant !”. Un long cordon blanc barre la route à moins d’un mille.

Ne pouvant rien faire, le vent allant inévitablement drosser le navire sur l’obstacle, le capitaine Leslie fait armer les canots de sauvetage. Huit marins embarqués dans le canot bâbord sont projetés à la mer suite à une mauvaise manœuvre lors de la mise à l’eau. Sur l’autre bord, un marin tombe entre le canot et la muraille du navire, s’assomme dans la chute et se noie. Avant que quiconque n’ait la chance de monter dans ce second canot, un choc terrible ébranle le navire qui vient de heurter la barrière de corail et qui est stoppé net dans sa course. Une énorme vague déferlante balaye le navire et emporte deux hommes. Dans un vacarme assourdissant de tôle tordue et arrachée, le County of Roxburgh est tossé sur le récif.

Un marin norvégien, Wagner, se porte volontaire pour essayer de tendre une ligne de sauvetage. Il se jette à l’eau, une ligne attachée à la taille, mais il est hélas aspiré sous la coque, la ligne se coupe et l’homme disparaît.

La nuit tombant, comme il n’y a plus rien à tenter, et que les hommes risquent la mort sur le pont en raison de possibles chutes d’espars et de mâts, le commandant regroupe les survivants, épuisés et parfois blessés, dans son salon à l’arrière.

Vers 21 heures, le voilier s’éventre sur un rocher et se couche. Craignant que la coque ne se disloque sous les chocs répétés, il est décidé de renouveler l’essai de tendre une ligne pour évacuer le navire. Le second capitaine Miller, qui est bon nageur, se porte volontaire et se jette de la poupe, une nouvelle ligne autour de la taille. La plage est à environ 80 m mais les vagues monstrueuses qui déferlent et bouillonnent ne laissent que peu d’espoir dans la réussite du second capitaine. À bord, on le perd de vue tout de suite dans l’obscurité et le désordre des éléments, mais la ligne continue d’être filée à la demande invisible. En fait, Miller a bien choisi l’instant de son saut et il est emporté jusqu’à la plage sur le dos d’une vague passant par-dessus les rochers. Les pieds sur le sable, il tire de toutes ses forces la ligne vers un cocotier pour l’y attacher. C’est alors qu’il voit un groupe de 20 à 30 insulaires se diriger vers lui. D’abord effrayé, il est vite rassuré des intentions amicales des inconnus qui semblent vouloir l’aider.

On tire par coups sur la ligne pour donner le signal au bord qu’elle est prête. En moins d’une demi-heure, un va et vient est installé et les hommes commencent à être évacués avec une bouée-culotte. Halés par les indigènes, ils arrivent un à un en vie, bien que lacérés par le corail. Le capitaine est le dernier arrivé et s’enquit immédiatement du nom de l’île. Un insulaire qui connaît assez d’anglais pour comprendre la question lui répond “Takaroa”.

Les habitants de l’île ramènent alors de leur village de quoi soigner les blessures et du matériel pour faire une tente. Le lendemain matin, deux mousses perdus à la mer lors de la mise à l’eau de la première embarcation sont retrouvés vivants, errants nus sur la plage, juste vêtus des gilets de sauvetage qui les ont sauvés.

La tempête s’étant calmée, deux expéditions sont menées à bord de l’épave avec l’aide des îliens pour récupérer tout ce qui pourrait servir à terre (eau, nourriture, toile à voile, vêtements, etc.). Des provisions du bord et du tabac sont donnés aux indigènes pour les remercier. L’on fait des kilomètres de plage à pied dans l’espoir, non récompensé, de trouver d’autres rescapés. Seul le corps du norvégien Wagner est découvert. Aucun signe des neuf autres disparus.

Une semaine après l’accident, une petite goélette de passage accepte de prendre l’équipage en direction de Papeete mais fait naufrage sur la barrière de corail en quittant Takaroa.

Une semaine après ce second naufrage, heureusement sans perte humaine, un petit cotre peut prendre 3 officiers et 6 marins en direction de Tahiti. Le capitaine Leslie et le cuisinier demeurent à bord de l’épave, tandis que les autres marins restants s’établissent au village, où ils sont si bien accueillis que certains diront ne plus jamais vouloir quitter l’île.

Le 19 mars, c’est la goélette Croix du Sud qui escale dans l’île. Le capitaine réussit alors à persuader tout son monde d’embarquer pour Papeete.

Depuis, l’épave est toujours au même endroit.

Ce cyclone de 1906 a été terrible dans toute la Polynésie, on a dénombré au moins 150 victimes dans les villages balayés par les vents et la mer.

Éléments d’identification du cliché

Mention manuscrite en bord de négatif :

County of Roxburgh 1237

Éléments visuels : quatre-mâts, peinture de coque à faux-sabords, doubles écubiers.

Date estimée du cliché : 1901-1902.

L’épave du County of Roxburgh à Takaroa.

County-Roxburgh-wreck-1.jpg

Photo Bjseeley/Panoramio

County-Roxburgh-wreck-2.jpg

N° 93-277. 2090 72/100 tons. Photo Bjseeley/Panoramio

County-Roxburgh-wreck-3.jpg

Épave sur Google Maps : 14° 25’ 55.72” S 144° 59’ 14.05” W.

Vous pouvez achetez un tirage de cette photo à la Galerie du Cabestan : “4-mâts carré County of Roxburgh”.

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Merci. bis.

The Captain, James Charles Leslie, was my great grandfather.

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